La trap est sevranaise

13 Block, groupe composé de Zed, Stavo, Zefor et Oldpee a sorti un nouvel album, le premier de leur carrière : BLO. Après plusieurs projets dont certains avaient marqué les fans de rap comme Violence Urbaine II ou encore Triple S, le groupe s’ouvre au grand public et transform de la meilleure des manières leur carrière intimiste. Ce disque vous plonge dans le vrai Sevran, celui de la galère, celui qui est abandonné par l’État. La direction artistique est claire, montrer la vie en banlieue, ses tracas, ses moments de bonheur et surtout la drogue. 

Ils ne s’inscrivent pas dans un cycle de rappeur reniant la banlieue mais ne passe pas leurs temps à promouvoir ce mythe qui donne envie de aux gamins des quartiers pavillonnaires d’envier la misère. Les sevranais sont noyés sous une scène rap toujours plus forte et importante (Maes, Kalash Criminel, Kaaris, etc.) mais pourtant BLO vient apporter sa spécificité à une palette déjà bien remplie. En effet c’est l’Amérique qui vient noyer le flow de nos français, on entend souvent parler des Migos français. La trap est ici habile, légère et s’éloigne de la violence facile qui la caractérise parfois. Premières notes, et Stavo annonce tout de suite, dans les écouteurs résonne le fameux « NONANTE », le projet s’ouvre sur 93 Gangstérisme, analyse de Sevran et de la ville des quatre rappeurs, leur vécu et la confrontation avec la violence dans leurs vies. Le titre se recroiser avec Fuck le 17, un titre qui pourrait rappeler les heures les plus engagées du rap français. Le groupe dénonce les relations des habitants en banlieue avec la police, la violence à laquelle ils font face. 

Mais ce n’est pas le centre de ce projet, les artistes se confient, ils livrent un projet introspectif, sur Amis d’avant ils parlent de leurs expériences passées et prennent de la distance. Ce qui est sous-jacent à ce projet c’est la mélancolie et le tristesse qu’ils ont pu ressentir en banlieue, le sentiment d’une vie difficile avec de nombreuses épreuves. On est alors touché par ce disque qui pose des visages et donne surtout un côté humain à ceux qui vivent d’affaires illégales, on plaint alors ceux qui vivent ces histoires quotidiennement. Ces grands durs laissent parler leurs cœurs mais laisse une distance avec leur public et surtout le doute quant à leurs vies actuelles, on ne sait pas dénouer la réalité du mythe classique du rappeur bandit. 

Les influences de la drill de Chicago viennent aussi noyer l’ambiance de cet album aux allures de totem du groupe. La production joue aussi un rôle important dans ces influences, par exemple Myth Syser vient apporter sa patte au projet, il suffit de donner un peu d’attention à ses créations pour réaliser l’influence du rap américain sur ses instrumentaux. Ces bandits de Seine Saint-Denis décrivent leur quartier à l’américaine et se place en scission avec la réalité de nombreux parisiens. Zefor et Stavo sont ceux qui brillent le plus sur ce projet sans pour autant renier Zed et Oldpee qui apportent une part nécessaire à l’identité musicale du quatuor. Les deux premiers sont ceux qui se démarquent le plus par leur évolution et leur progrès, que ce soit dans l’écriture ou même leur manière de poser leurs voix sur le son. Il est sûr que ce projet restera comme un point tournant de la carrière du groupe, la continuité est réussie et laisse place à un univers sombre et laconique. C’est avec BLO que 13 Block s’impose définitivement dans le paysage du rap français, ils installent leur puissance et surtout leur apport au paysage rap francophone. 

Le groupe montre aussi sa capacité à produire des tubes dans des sonorités où on ne les connaissait pas encore. Cet album marque une forme de mise à l’épreuve de leur musique face à leur public mais aussi au plus grand nombre. Ils poursuivent la diversité qui avait déjà été tentée avec la mixtape Triple S, cela leur réussit et pourrait les propulser à un plus grand nombre d’auditeurs. Il ne manque rien à 13 Block pour éclater aux yeux du grand public qui peut s’approprier facilement leur musique. Cet album consistant est à la limite de l’excès, il aurait été préférable d’avoir un 14 ou un 15 titres qui aurait été plus percutant et aurait permis aux rappeurs de se développer une identité musicale un peu plus claire. Cependant pour un premier album on ne peut que tirer notre chapeau à ce groupe qui va sûrement s’inscrire dans l’histoire du rap francophone.

@matthbis 

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