Eléonore Costes : « Pour une fois, je n’ai pas besoin d’être là où l’on m’attend »

J’ai rencontré Eléonore Costes à Séries Mania Lille. La scénariste, comédienne, musicienne, auteure (et j’en passe) est venue présenter sa création, Break Up. On y suit Sara, une jeune scénariste en pleine reconstruction après une rupture. Loin de se limiter à une banale histoire de cœur, Break Up montre, sans filtre, ses problèmes, ses peurs, ses hésitations et égarements.

 

Lémo : Cette série parle beaucoup de toi, tu as beaucoup de points communs avec le personnage que tu interprètes. Comment est-ce qu’on allie fiction et dimension autobiographique ?

E. Costes : Il y a un nom pour ça, c’est de l’autofiction. J’ai entendu ça la semaine dernière, et je trouve que le terme correspond parfaitement. Écrire, c’est vraiment vital pour moi, c’est d’ailleurs pour ça que je fais ce métier. J’ai besoin de mettre quelque part ces choses de la vie. Évidemment, dans Break Up, il y a une partie de l’histoire qui est inventée. Il faut créer de la fiction autour de l’autofiction … Disons que je pars d’un fait réel, et qu’ensuite je tricote autour mes petites intrigues.

 

Pourquoi utiliser ce format-ci, alors que tu avais déjà évoqué ces problématiques dans d’autres vidéos plus personnelles, Les Topos de Lolo sur YouTube notamment ?

J’ai eu envie d’aller plus loin. Break Up, c’est vraiment mon bébé, je la travaille depuis trois ans avec Vladimir Rodionov – mon directeur d’écriture et réalisateur. Les Topos de Lolo, c’est mignon, mais j’ai eu l’envie de faire quelque chose de conséquent, avec plusieurs saisons et plusieurs sujets. Au-delà de la rupture, la série va aussi parler d’addiction aux médicaments, de dépression, de Paris, de notre métier … Tous les thèmes que j’ai abordé ces dernières années dans mes vidéos YouTube, en BD, en musique, j’ai pu les condenser dans une seule et même série.

 

Aujourd’hui, tu te dis plus scénariste que comédienne. Est-ce que cela constitue pour toi un aboutissement ou juste une étape ?

En fait, j’ai toujours écrit. Mais, très longtemps, j’ai eu peur d’assumer que je voulais être auteure. Je viens d’une famille d’écrivains, mon grand-père et mon arrière-grand-père écrivaient. Je me disais que je n’arriverais jamais à leur niveau. C’est finalement la rencontre avec Vladimir Rodionov, qui dirigeait à l’époque Golden Moustache, qui m’a poussé dans cette voie-là. Pour moi, ce n’est pas une étape. Je vais avoir 33 ans, je considère que c’est une sorte de finalité : j’ai trouvé ce qui me faisait vraiment vibrer. Être auteure, ça me permet de remettre le métier d’acteur à la place qu’il devrait avoir selon moi : un jeu d’enfant.

 

Je n’écris que sur des sujets dont je ressens le besoin vital de parler.

 

Est-ce qu’on t’a beaucoup ramené, en tant que comédienne, à ton physique, particulièrement du fait que tu sois une femme ?

Oui, on te le rappelle tout le temps. Tu prends un kilo, on te le fait savoir. Un agent à l’époque avait été vraiment horrible à ce sujet d’ailleurs. C’est ce qui fait que petit à petit je me détache du jeu d’acteur. D’ailleurs, sur Break Up, ça a été dur. J’ai des scènes qui sont compliquées. On ne se rend pas compte mais, par exemple, dans la scène du bain, je suis entièrement nue. C’est la première fois que je faisais ça. Je ne me trouve pas jolie dans cette série, mais justement, ce n’est pas grave. On ne me demandait pas d’être jolie, juste d’être la plus sincère possible. Ça m’a fait beaucoup de bien. Pour une fois, je n’ai pas besoin d’être là où l’on m’attend.

 

Est-ce que tu as des types d’histoires que tu préfères raconter plutôt que d’autres ?

Comme je fais surtout de l’autofiction, je dirais que ça dépend de mes phases de vie. Ce que je cherche en premier lieu et partout, c’est une sincérité absolue. Je n’écris que sur des sujets dont je ressens le besoin vital de parler, c’est ce qui constitue ma ligne directrice. Écrire, pour moi, c’est un peu une thérapie.

 

Est-ce qu’il y a des limites dans ce que tu racontes ? Certains sujets que tu aimerais aborder mais qui te semblent peut-être trop controversés par exemple ?

La clé, c’est de ne pas se poser la question. Si je commence à me la poser, je ne sors pas la vidéo. Et si je me limite, les gens le sentiront. Souvent, les retours que j’ai sur mes vidéos, c’est des remerciements pour avoir fait du contenu sans barrière, sans retenue. Cela veut aussi dire que j’accepte qu’il n’y ait pas de distance entre moi et mes créations. Et, en fait, c’est valable pour tout dans la vie : s’il y a de la retenue, t’y vas pas.

 

Les deux séries que tu as créées, Love in translation et Break Up, sont toutes deux sorties sur une plateforme payante (Pickle TV, service de TV à la demande d’Orange). Est-ce que ça change quelque chose dans ton processus de création ?

Dans Love in translation, ça a joué, oui. J’avais le couteau sous la gorge, parce que j’avais des deadlines à respecter. Mais d’un autre côté, j’ai plus pu me lâcher parce que je savais qu’on aurait des sous. En revanche, Break Up, j’ai commencé à travailler dessus alors que Pickle TV n’existait même pas.

Break Up, c’est mon bébé, mon projet de cœur, je ne l’ai pas du tout écrite pour une plateforme payante mais pour la vendre en tant que série à un diffuseur. Maintenant, tout est entre les mains de Golden Moustache, les producteurs. C’est hyper frustrant, vu que je n’ai plus aucun pouvoir. C’est comme si t’accouchais d’un bébé et que tu te disais « bon, on va bien voir s’il trouve des parents ». Tu ne sais pas trop s’il va rester sur le trottoir Pickle TV à crever de faim et de soif, ou s’il va trouver un petit couple sympa qui le prendra sous son aile, genre Canal +.

 

Quels sont tes projets à venir, tes envies ?

J’ai sorti une série qui s’appelle « Genre Humaine » sur YouTube pour laquelle j’ai réussi à tourner quatre épisodes avec l’aide du CNC Talents. Je vais refaire une demande de subvention pour pouvoir en produire d’autres. Dans cette demande, aussi demander des sous pour pouvoir faire un court-métrage. Ce serait mon premier court métrage, un projet assez « fat ». Et éventuellement, mais rien d’officiel, une nouvelle BD, toujours chez Delcourt.

 

Retrouvez Eléonore Costes sur sa chaîne YouTube et sur Pickle TV (… pour l’instant)

 

 

Emma Bougerol

Crédits photo : Bande-Annonce « Break Up »

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s