Séries Mania : flash-back sur la compétition officielle

C’est sous le soleil de ce samedi 30 mars que sonne la fin du festival Séries Mania. Après neuf jours de projections, il est temps de faire un point sur la compétition officielle, d’une grande qualité.

 

Coups de cœur

  • Just for today (Israël)

Les séries israéliennes ont visiblement de beaux jours devant elles. Cette série en est une preuve incontestable.

Just for today, c’est d’abord l’histoire de Niko et d’Anat, ex-détenu et assistante sociale, irrésistiblement attirés l’un vers l’autre. Partant de cette amourette, les créateurs nous amènent à une réalité plus méconnue : celle des centres de réinsertion en Israël. Avec justesse, Just for today réussit à nous montrer une réalité que l’on ne connaît pas ou peu, sans pathos ni excès. Une série très documentée, excellente, et dont le petit budget n’entrave en rien sa qualité.

  • Lambs of God (Australie)

Avant la projection, le présentateur a prévenu l’assemblée : attendez-vous à être surpris. Le créateur ajoute qu’ils ont « pitché » la série comme audacieuse et ambitieuse, un mélange entre Misery de Steven King et Les Proies de Don Siegel. Intriguant. Après deux épisodes, on peut aisément le dire : cette série est bel et bien audacieuse.

Trois nonnes vivent en autarcie dans un couvent en ruines. Lorsque leur équilibre est dérangé par l’arrivée d’un prêtre, elles décident de tout faire pour maintenir le statu quo. Cette série est une surprise, autant dans l’histoire, la mise en scène que dans le jeu des actrices. Un conte sombre et surprenant, réel coup de cœur de cette édition.

  • Baghdad Central (Royaume-Uni)

La quête d’un père pour retrouver sa fille, dans l’Irak post-Saddam Hussein. Les Américains sont partout, et la société irakienne se divise. Muhsin al-Khafaji, ancien inspecteur de police, enquête sur la disparition de sa fille aînée, tout en luttant pour protéger la cadette. Adapté d’un roman éponyme, cette série nous montre une facette méconnue de l’Irak. Baghdad Central est une série réussie sur tous les points, tant dans la profondeur des personnages que dans la tension qu’elle nous transmet. Tension de la guerre, tension des relations familiales, tension dans la société. En gardant une certaine légèreté dans la musique et l’humour, la série parvient à nous dépeindre une réalité complexe sans alourdir inutilement le récit. Une réussite.

Et les autres ?

  • Chimerica

Chimerica a pour ambition de traiter de beaucoup de problèmes que traverse la société américaine contemporaine. Peut-être trop. Montée du populisme, défiance envers les journalistes, éthique et relations américano-chinoises s’emmêlent dans cette série. Par l’histoire de ce photojournaliste, célèbre grâce à sa photo de l’homme de Tian’anmen, on essaie d’explorer tous ces aspects. Mais lui est obsédé par une chose, et une seule chimerica tof: retrouver l’homme de la photo pour sauver sa carrière. Trop ambitieuse peut être, cette série semble se perdre entre trop de problématiques différentes. De bonnes idées tout de même, dont celle d’intégrer des images d’archive au récit, qui ajoute du réalisme à un propos ancré dans la société américaine.

  • The Virtues

Après le départ de son fils et de son ex-femme pour l’Australie, Joseph, perdu, décide de quitter Liverpool (?) pour aller retrouver sa sœur après 30 ans de séparation. Une série brute, touchante, par le grand Shane Meadows. Helen Behan y joue aux côtés de Stephen Graham, qui forment un duo touchant, dans une histoire sublimée par la musique originale de PJ Harvey.

  • Eden

La série Arte Eden s’attaque à un sujet aussi important à évoquer que difficile à traiter : les réfugiés en Europe. On y suit quatre histoires : celle d’une directrice de camps de réfugiés privés, d’un jeune garçon en cavale après avoir perdu son frère, d’unSylvie Testude famille allemande accueillant un jeune réfugié et d’une famille syrienne à Paris, cherchant à obtenir l’asile politique. Le tableau est dressé. Si la série se base sur des faits, elle ajoute malheureusement quelques éléments dramatiques superflus, qui occultent en partie la dimension émotionnelle, précaire, fragile de ces situations. En en faisant un peu trop, la série veut s’assurer de tenir en haleine le spectateur. Elle gagnerait pourtant à montrer une réalité moins extrême mais, justement, plus proche. Difficile de traiter de ce thème parfaitement, et Eden reste une série intéressante sur un sujet vaste et complexe à traiter.

  • Mytho

Mentir, est-ce vraiment mal ? Elvira s’interroge, alors qu’un petit mensonge fait à son mari se transforme non pas en malheur, mais en miracle ! Il recommence enfin à faire attention à elle, ses enfants deviennent moins difficiles, son père lui dit enfin qu’il l’aime … Tout semble résolu. Bien sûr, cela ne durera qu’un temps. Mytho est un drame autant qu’elle est une comédie, une histoire savamment pensée et écrite par Anne Berest, qui prend place dans un monde coloré. Mention spéciale à la musique de Jean-Benoît Dunckel, mélange de sons féériques et de basses inquiétantes. Ces couleurs n’arrivent donc pas à nous le faire oublier : quelque chose de mal va arriver.

  • Chambers

Une nouvelle série Netflix, cette fois-ci dans le registre de l’horreur. Mais une horreur latente, qui sommeille dans les personnages plutôt que dans la cave ou le placard. Sacha, 17 ans, survit à une crise cardiaque grâce à une greffe de cœur. Entre la famille de la donneuse qui entre sans prévenir dans la vie de la jeune fille et les troubles de la personnalité qu’engendre cette opération, la tension est permanente. Une série réussie mais pas particulièrement marquante, malgré la chair de poule qu’elle nous donne. À noter tout de même le jeu remarquable d’Uma Thurman, en mère dévastée, perdue, inquiétante.

  • Twin

Dans les paysages magnifiques du nord de la Norvège, deux frères jumeaux ouvrent leur spot de surf. Quelques années plus tard, il n’en reste plus qu’un sur la plage. Lorsque Erik est forcé de quitter le bord de mer, faute detwin loyer payé, il se rend à l’hôtel que tient son frère Adam. Les deux frères sont désormais les opposés l’un de l’autre, cela n’augure rien de bon … Une intrigue bien ficelée, des personnages peu nombreux mais touchants, Twin est une réussite.

 

Le palmarès

Grand Prix : THE VIRTUES
Créé et écrit par Shane Meadows et Jack Thorne (Royaume-Uni)
Réalisation : Shane Meadows
Production : Warp Films, Big Arty Productions – Diffusion : Channel 4 (Royaume-Uni)
Le mot du jury : « Dès la première image, The Virtues vous bouleverse par sa profonde humanité.  Magistralement réalisée, écrite et interprétée, cette série est un formidable exemple du pouvoir de la télévision à vous transporter et créer l’empathie. »

Prix Spécial du Jury : JUST FOR TODAY
Créé par Nir Bergman, Ram Nehari (Israël)
Scénario et réalisation : Nir Bergman
Production : Endemol Shine Israël – Diffusion : Yes TV (Israël)
Le mot du jury : « Haletante et émouvante, la série Just For Today est un magnifique portrait d’anciens détenus et des travailleurs sociaux qui les accompagnent dans leur réinsertion. Tout est parfaitement observé, détaillé… C’est une formidable fenêtre ouverte sur un monde souvent invisible. »

Prix de la Meilleure Actrice : Marina HANDS (Mytho)
Scénario : Anne Berest
Réalisation : Fabrice Gobert
Production : Unité de Production, ARTE France – Diffusion : ARTE (France et Allemagne), Netflix
Le mot du jury : « Chaque plan de Mytho est habité par la sensibilité et l’empathie de Marina Hands. Drôle, espiègle, sincère, elle fait de cette série un plaisir indéniable. »

Prix du Meilleur Acteur : Stephen GRAHAM (The Virtues)
Créé et écrit par Shane Meadows et Jack Thorne (Royaume-Uni)
Réalisation : Shane Meadows
Production : Warp Films, Big Arty Productions – Diffusion : Channel 4 (Royaume-Uni)
Le mot du jury : « La performance de Stephen Graham dans The Virtues est tout simplement éblouissante. Son portrait brut d’un homme en proie avec son passé et ses propres démons est déchirant. »

Prix du Public : MYTHO (France)
Scénario : Anne Berest
Réalisation : Fabrice Gobert – Production : Unité de Production, ARTE France
Diffusion : ARTE (France et Allemagne), Netflix

 

 

Emma Bougerol

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