Les Invisibles : une chronique sociale renversante

Le dernier film du réalisateur Louis-Julien Petit évoque avec émotion et humour la destinée d’un centre d’accueil de jour pour femmes Sans Domicile Fixe, voué à la fermeture. Au casting : Corinne Masiero, Alexandra Lamy et une quinzaine d’actrices non-professionnelles ayant connu la rue. Inspiré d’un livre et d’un documentaire sur les femmes SDF de Claire Lajeunie (2014), Les Invisibles semble avoir conquis le public avec plus de 680 000 entrées en deux semaines.

Une quinzaine d’actrices non-professionnelles, qui ont connu la rue, la violence ou bien encore la prison, montrent leur réalité aux côtés d’Audrey Lamy, de Corinne Masiero, et de Deborah Lukumuena dans une comédie sociale.

Quand on traite un sujet comme celui-ci, on a intérêt à être juste.
Louis-Julien Petit

Le film est inspiré du documentaire Sur la route des invisibles et du roman Femmes dans la rue de Claire Lajeunie, qui retracent son immersion avec des femmes SDF. Le réalisateur de 34 ans, connu pour Discount (2015), a passé un an comme bénévole en centres d’accueil pour femmes, à Grenoble et à Paris, pour comprendre et trouver comment raconter la réalité des difficultés des femmes à vivre dans la rue. De plus, avec des situations tragiques dédramatisées par le biais de l’humour et un traitement comique, le réalisateur rend leur humanité à ces femmes, que ce soit les travailleuses sociales ou ces femmes invisibles qu’il nous donne, enfin, à voir.

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Une chronique sociale pleine d’humour et d’espoir pour rendre hommage autant aux femmes que la société a oubliées qu’ à celles qui leur viennent en aide.
Claudine Levanneur

Dans Les Invisibles, les héroïnes sont les femmes. Louis-Julien Petit redonne alors un visage à celles qu’on ne voit plus. C’est à l’Envol, un centre d’accueil de jour, qu’elles viennent manger, se laver, trouver chaleur et convivialité. Mais, pour cause de non-rentabilité, le centre se voit contraint de fermer sous peu. Commence alors un combat collectif contre la montre : il reste trois mois aux travailleuses sociales pour tenter de réinsérer au mieux les femmes dont elles s’occupent.

Pour cela, elles usent de subterfuges (mensonges, falsification, piston), mettent en place des « ateliers de prise de confiance en soi » ou encore des mises en situation comme des simulations d’entretiens d’embauche. Petit à petit, le centre accueille les femmes 24h/24 en toute illégalité, et commence à se dessiner une formidable aventure collective et solidaire, qui touche le public.

Fort de son succès, le film obtient diverses distinctions dans des festivals :

  • Prix de la Meilleure Réalisation lors de la première édition du Festival International du Film Politique de Carcassonne.
  • Prix Chabrol Coup de cœur du Jury, Chabrol du Public et Chabrol du Jeune Public au Festival du Film du Croisic.
  • Prix du Public au Festival International du Film de Pau.

Aujourd’hui, il n’existe pas de statistiques actualisées sur le nombre de sans-domicile au niveau national. Les dernières données remontent à l’étude de l’INSEE publiée en juillet 2013 portant sur l’année 2012. L’INSEE avait alors dénombré 141 500 personnes « sans domicile », parmi lesquels 81 000 sans-abri, 30 000 enfants, 8 000 sans domicile dans les communes rurales ainsi que 22 500 demandeurs d’asile. Les statistiques étaient de plus en plus inquiétantes : 2 sur 5 des sans domicile, soit 38 % du nombre total, étaient des femmes.

Les Invisibles dénonce une administration aveugle et lente tout en mettant en avant des responsabilités politiques comme le dit Chantal, emblème des Invisibles, qui, comme dans le film, a connu la prison et la rue :

Ce film dénonce un truc et demande des solutions à ceux qui le regardent. Il y a des tas d’associations, des gens qui se bougent le cul, mais les politiques maintenant faut qu’ils prennent leur responsabilités, pas demain, maintenant.

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Chantal dans Les Invisibles

N’hésitez pas à aller voir Les Invisibles, un film bouleversant, joué avec une infinie pudeur et beaucoup de délicatesse, où l’on découvre de sublimes portraits, vrais, désespérés, d’une grande lucidité, avec comme ultime ressource une énergie infinie.
Si quelquefois ces témoignages font sourire par une certaine autodérision, la comédie laisse place au drame en faisant apparaître une souffrance et une détresse immenses. Toutefois, le film est aussi marqué par la grande tendresse, la bienveillance et l’humanité qui rassemblent ces femmes, celles que l’on accepte enfin de voir et celles qui agissent en réaction à des décisions administratives absurdes et déshumanisées.

Marthe Dolphin

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