Mademoiselle de Joncquières: la littérature au cinéma

Le nouveau film d’Emmanuel Mouret est une adaptation d’un récit issu de Jacques le Fataliste. L’aubergiste que Jacques le fataliste et son maître rencontrent leur raconte l’histoire de Mme de la Pommeraye (Cécile de France) et du marquis des Arcis (Edouard Baer), connu pour être un grand séducteur. Après plusieurs années de bonheur, celle-ci remarque qu’il s’éloigne et le pousse à avouer qu’il ne l’aime plus. Blessée, Mme de la Pommeraye monte une intrigue pour le faire tomber amoureux d’une courtisane et ainsi le piéger. Ce récit se présente comme une nouvelle au sein du roman, riche d’une réflexion sur les mésaventures amoureuses et de l’inconstance du marquis des Arcis.

Le récit a largement été adapté, en raison de la simplicité et de la brièveté du récit. Des parties qui ne font que quelques lignes comme la cour que fait le marquis des Arcis à Mme de la Pommeraye, ce qui rend plus compréhensible l’ampleur des moyens qu’elle mobilise par la suite. Ce qui peut paraître être une vengeance égoïste prend pour Mme de la Pommeraye la dimension d’une défense de la cause féminine. La beauté du langage utilisé chargé d’ironie et de non-dits prend ici toute son ampleur et montre les enjeux de l’époque, entre pression de la cour, et hiérarchie sociale.

L’important dans l’adaptation de ce texte était de conserver la beauté de l’écrit et de ne pas en faire une simple adaptation cinématographique, bien que cela ne prenne pas l’ampleur de la représentation littéraire du film « L’anglaise et le duc » de Rohmer. Des dialogues dont certains directement issus du texte mettent en avant leur maitrise du langage et de la conversation mais surtout, une grande place laissée aux regards et aux plans larges.

La beauté des plans en intérieur et en extérieur nous immerge dans un 18ème siècle qui n’est pas saturé, et dont certaines parties rappellent des tableaux de maitre ajoutant de la profondeur au film. C’est un rappel du mouvement Rococo donnant à voir des mises en scène de fêtes galantes, des décors bucoliques par une peinture chatoyante et lumineuse de paysages.

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J-A. Watteau, Fêtes Galantes

Mademoiselle de Joncquières nous présente des personnages complexes, au-delà du séducteur piégé à son propre jeu, l’intrigante ne semble pas totalement mauvaise, et ses actes s’expliquent même s’ils semblent extrêmes. Le fait qu’elle utilise d’autres personnes pour parvenir à ses fins ne peut la faire triompher, amenant à une réflexion sur les douleurs de l’amour et les méfaits du désir et des passions des hommes et des femmes. L’ adaptation d’une partie d’un classique de la littérature française est ici une réussite bien que la figure du marquis des Arcis reste pâle et peu attrayante face aux jeux des interprètes des rôles féminins. Cela peut être le fait du jeu d’acteur d’Edouard Baer qui détonne dans le film, rendant son personnage plus simple et plus niais que ce que Diderot a pu vouloir faire. À moins que cela soit une manière de le mettre en retrait dans un récit qui est celui des intrigues et de l’amour d’une femme.

@clarisssima

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