Abel et Gordon, l’art de faire du burlesque aujourd’hui

Le duo d’acteurs et réalisateurs Abel et Gordon était présent à la première édition du festival Cinecomedies à Lille du 27 au 30 septembre dernier. Ils ont accepté de répondre à nos questions, nous éclairant sur ce que signifie « faire du burlesque » aujourd’hui.


Comment vous inscrivez-vous dans l’histoire du burlesque au cinéma après grandes figures comme Chaplin, Tati ou encore Keaton ?

Fiona Gordon : On dit aujourd’hui que le burlesque est mort, que la comédie est devenue verbale, et tire vers une comédie de mœurs, sociale. Or il y a toujours une part d’enfance en nous qui n’est jamais tout à fait satisfaite par ces comédies dites « intelligentes ». Les gags dans les films burlesques nous réjouissent car ils nous libèrent. Rire du ventre, rire avec d’autres, ça fait du bien. Tout cela n’est pas incompatible avec une certaine poésie, bien sûr.

Malheureusement aujourd’hui, il n’y a pas tellement de place pour les comédies d’influence burlesque pleines de finesse, à l’instar des films du passé. Cela nous oblige à toujours devoir lutter pour accéder au cinéma populaire, parce que de nombreux financeurs n’y croient pas.

 

Dominique Abel : Je me pose souvent la question contraire : pourquoi faire du naturalisme aujourd’hui ? C’est vrai que le cinéma contemporain est surtout synonyme de psychologie, de gros plans, de scénarios très verbalisés. Pourtant, quand on va à des spectacles vivants ou que l’on utilise les réseaux sociaux, on y assiste à beaucoup de gags où le physique est très présent. Au cinéma, c’est très rare. Il y a donc comme un besoin qui ne serait pas satisfait. Or c’est agréable de rire ensemble de notre fragilité, de nos grandes mains, de nos pieds et de regarder les humains fonctionner comme on regarderait des animaux. Le corps dit plus que la parole, il ne ment pas.

ascenseur23_2b.jpg

Abel et Gordon, dans leur dernier film Paris pieds nus sorti en 2017

Selon vous, quel est le rôle de la comédie d’aujourd’hui ?

F. G. : Elle fait la morale sans en avoir l’air, elle libère du malaise ambiant, elle est un miroir de notre société. Cela sera toujours le cas. Et peu importe la forme, chacun a son style. Nous c’est physique, visuel ; pour d’autres, cela prend une forme plus verbale.

Qu’est-ce qui est le propre de votre burlesque, de vos personnages ?

F. G.: La seule chose qu’on peut en dire c’est que c’est nous (rires). Nous sommes chacun juste à l’écoute de ce qui fonctionne et de ce que nous avons envie de raconter. On a envie que les gens rient de quelque chose d’humain. Ils rient quand ça leur semble vrai, même si c’est complètement extrême.

D. A. : Quand tu es clown, tu apprends assez vite à découvrir ce qui te différencie de la norme. C’est la base sur laquelle tu vas t’appuyer. Comment est-ce que tu perds les pédales, quand est-ce que tu fais rire sans le vouloir… Alors voilà, on part de nous : Fiona avec ses cheveux, avec son corps, avec sa souplesse ; moi, avec mes grandes mains, mon côté perdu. Notre style est aussi très lié au couple, ce qui est plutôt unique. Je n’ai jamais vu de couples homme-femme dans le burlesque.

F. G. : Oui, dans les films comiques, et particulièrement dans le burlesque, les femmes y sont souvent réduites à des faire-valoir.

biblineige15.jpg

Le duo crée dans ses films un univers burlesque, poétique et coloré

Justement, qu’est-ce que ça change de faire du cinéma à deux ?

F. G. : On a toujours procédé comme ça, on ne connaît pas la liberté d’être seul à décider (rires). Ça implique de faire des compromis, mais cela suscite aussi beaucoup d’entraide. Lorsque je suis coincée, Dominique propose une idée et inversement. Pour ne pas s’engueuler, on a instauré un système où on écrit chacun séparément, puis on s’envoie ce qu’on a écrit par e-mail. Lorsque j’en prend connaissance, il m’arrive de me dire d’abord : « merde, il a coupé la partie que je préférais» puis après-coup, je me dis « finalement c’est pas mal ce qu’il a écrit». On a ainsi le temps  de digérer ses frustrations et, au bout d’un certain temps, on arrive à se rejoindre.

D. A. : C’est vrai que bon, on s’engueule, parce qu’on est têtus tous les deux. Mais ce n’est pas pour rien non plus qu’on s’est trouvés, on rit des mêmes choses. On a tous les deux un intérêt pour la poésie, pour le visuel, pour les clowns … Il n’y a pas de hasard !

F. G. : D’ailleurs, de nombreux cinéastes solitaires ont quand même un partenaire avec qui discuter de leurs idées, les tester, avoir des retours. Nous, notre partenariat est officialisé, voilà tout !

 

 


Photos

Corps de l’article Potemkine, dossier de presse Paris pieds nus

Image à la une © Sabrina Mariez

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s