L’empire de la perfection : McEnroe, héros malgré lui ?

Au départ, rien ne me destinait à aller voir L’Empire de la perfection, documentaire consacré au tennisman John McEnroe.

Si ce n’est que Julien Faraut, réalisateur, a affirmé dans une interview : « À mes yeux, L’Empire de la perfection est autant une réflexion sur le tennis que sur le cinéma. » Je n’y connais pas grand-chose en tennis mais j’aime le cinéma, alors j’y suis allée.

 

 

Si L’Empire de la perfection est un film de cinéma, John McEnroe y assure incontestablement le rôle du héros. Avec les images d’archives de l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (Insep), Julien Faraut nous montre ce joueur de tennis comme nous ne l’avions jamais vu. On le découvre compétiteur au sang chaud à la Jake LaMotta dans Raging Bull, qui n’hésite pas à insulter ou menacer quiconque se dresse entre lui et la victoire. On le découvre génie torturé, jeune Mozart dans une exigence intraitable de perfection. On le découvre enfin héros de western, se livrant corps et âme à un duel à mort sur terre battue dans les tragiques dernières minutes du film.

 

Or McEnroe n’est pas un héros, mais un sportif. Il n’aime pas la présence des caméras, ne cherche pas à faire un numéro d’acteur sur le court. Lui ne joue pas la comédie. Sa personnalité remarquable, que l’on aime ou que l’on déteste, et son jeu incontestablement inspiré attirent les regards. Le fantasmé personnage de film n’est en fait qu’un tennisman dans une quête personnelle pour la perfection. McEnroe ne joue pas pour les autres, avec les autres, il joue pour lui, contre lui.

 

Qu’est-ce qui fait alors de ce film d’archives une œuvre cinématographique ? Le réalisateur nous donne un indice : sur son affiche figure une citation de Jean-Luc Godard, « Le cinéma ment, pas le sport ». Ce que le cinéaste suisse qualifie de « mensonge » peut se comprendre comme la nature profondément fictionnelle du cinéma. En ce sens, la citation synthétise parfaitement le film. Par l’usage d’images tournées en 16 mm, Julien Faraut transforme le jeu de McEnroe en fiction. La caméra enregistre le joueur en quête du geste parfait, et fait ainsi de sa recherche individuelle un récit filmique. L’Empire de la perfection est alors une œuvre cinématographique dans sa pureté même : capter la réalité pour la transformer en fiction.

 

 

Crédits photo : unifrance.org (dossier de presse)

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