Quentin Dupieux, fidèle Au Poste !

Grégoire Ludig en suspect menotté et désemparé face à Benoît Poelvoorde en flic autoritaire et menaçant, l’affiche du film Au Poste ! de Quentin Dupieux semble nous promettre un énième film policier à suspens. Spoiler : ce n’est pas le cas…

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Une pièce unique, quelques personnages, une intrigue simple, et pourtant Quentin Dupieux trouve l’espace nécessaire pour y développer son univers. Le pitch tient en quelques mots : un face à face entre un policier et un suspect, Buron et Fugain. Unité de lieu, unité d’action, unité de temps : serait-ce du théâtre classique ?

 

La majeure partie du film est, en effet, tournée dans le sous-sol du siège du Parti Communiste français, conçu par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer. Ce décor est à l’image du film : intemporel, brut, irréel. Ce lieu unique laisse entièrement place au face-à-face entre le jeune suspect et le commissaire vieillissant. L’intrigue semble durer plusieurs heures sans que l’on puisse déterminer à quel moment de la nuit nous nous trouvons. Par quelques indices (fatigue, dîner tardif …), le réalisateur indique toutefois qu’il respecte aussi l’unité temporelle propre au théâtre classique.

 

Ce respect des règles traditionnelles est immédiatement contrebalancé par l’absurde et l’incongru chers à Quentin Dupieux. En témoignent la scène d’ouverture où un chef d’orchestre en slip rouge dirige ses musiciens, tout comme les irruptions intempestives de personnages du présent dans les souvenirs du suspect.

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Avec brio, le réalisateur parvient à reprendre à son compte les règles théâtrales les plus rigides pour les modeler au service de son univers. C’est donc avec un immense plaisir que je me suis laissée porter durant une heure et treize minutes dans ce monde si particulier, quelque part entre le réel, l’imaginaire, le passé et le futur.

 

Malheureusement pour vous, le film n’est plus guère accessible en salles et la date de commercialisation des DVD n’a pas encore été révélée. Je vous recommande donc – si vous ne courrez pas assez vite pour attraper les dernières séances – quelques films du cinéaste pour vous consoler :

  • Réalité, sorti en 2014. Le dernier film de sa série « américaine », un réel chef-d’œuvre d’absurde avec Alain Chabat. Du grand Quentin Dupieux, un magnifique aperçu de son travail, l’apogée d’une filmographie commencée treize ans plus tôt avec Nonfilm.
  • Rubber, sorti en 2010. La première fois que le film m’a été pitché, j’ai sérieusement mis en question la sobriété de mon interlocuteur. Mais si, Rubber, c’est bien l’histoire d’un pneu tueur !
  • Vraiment pas le temps pour visionner un long-métrage ? Ok, voilà un bon moyen de découvrir un petit bout de Quentin Dupieux : les clips de Mr. Oizo, son alter-ego musical.

 

 

Crédits photo : Diaphana Distribution (matériel de presse)

 

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