William aka Damso

Lithopédion est sûrement l’un des albums qui va marquer 2018 et qui restera comme un énorme projet. Mais pour la première fois, ce n’est plus Damso qui nous parle : c’est William. A la première écoute, je n’ai pas accroché. Au contraire, je me suis presque forcé à le réécouter, encore et encore. Ce n’est pas une œuvre légère – elle demande d’être comprise et interprétée, contrainte inhabituelle de nos jours. Le rappeur nous offre une pierre à travailler, dans une société où le temps pour réfléchir manque. Voilà l’originalité de cet album : la volonté affichée de prendre le temps. Ma théorie, c’est qu’avant même d’écrire un seul couplet de « Batterie Faible », Damso avait déjà en tête le chemin qu’il comptait donner à ses trois albums. Les trois œuvres sont surprenantes de cohérence et l’évolution semble alors presque évidente. William savait donc où il nous emmenait depuis le début.

Cet album est celui de la séparation du personnage médiatique et de l’être humain. C’est un album dans lequel l’homme se confie, dans lequel il dépasse la barrière qu’il semblait avoir placé entre lui est son public. Il s’ouvre complètement, sans filtre. Malgré les polémiques que l’artiste suscite régulièrement, notamment sur une pseudo-misogynie, il est assez incroyable d’écouter sa voix, son flow qui varie plusieurs fois en un seul titre sans jamais aucun raté. Tout en simplicité je suis complètement impressionné par la manière dont William a utilisé les mots sur ce dernier opus.

Dans le premier morceau, Damso meurt. Il entre dans un état entre la vie et la mort ; le son d’un électrocardiogramme vient souligner cette idée. La transition entre les deux premiers titres est marquée par l’arrêt de ce bruit, puis sa reprise. William est désormais né et se confie à son public, comme jamais auparavant.

La question centrale de cet album est la condition humaine – thème certes amorcé dans les albums précédents, mais réellement omniprésent ici. Il nous met tout simplement face aux travers et aux questions éthiques de notre société. Dans le titre plébiscité par la critique, « Julien », il se met dans la peau d’un pédophile et amène un regard différent sur les personnes souffrant de cette maladie. Il prend le temps d’expliquer bien plus intelligemment que la majorité de l’industrie musicale les raisons de ces actes. Il parle aussi du mal-être intérieur ressenti par des personnes qui souffrent de passer leur temps sans pouvoir être qui ils sont. Ce sera le fil rouge de cet album : le refus de soi, que Damso exacerbe en réfléchissant sur la complexité de l’être humain. Au travers des textes il met en scène le mal-être de personnes diverses, mais aussi la difficulté de se trouver soi-même dans cette courte vie qui ne nous laisse pas le temps de réfléchir et préfère l’action et l’instantané.

Ce que j’ai entendu dans cet album, c’est William, la personne, l’individu avec ses problèmes, son identité et ses difficultés à se comprendre. Lithopédion est presque un bilan psychologique, une dissection mentale de l’homme.

Tout le monde se sentira concerné par ses paroles et c’est ce qui en fait aussi sa force. Ce sentiment de solitude face à sa réalité s’efface au terme de l’écoute. Il permet de comprendre que nous sommes tous différents, contrairement à ce que la société essaye de nous faire croire en imposant ses codes et conventions. Le premier titre est finalement un déferlement de la haine que William a accumulé depuis des années et n’a pu décharger dans notre monde pacifié et uniformisé. Cette fracture, c’est celle que de nombreuses personnes ressentent, celle des personnes qui ont le sentiment d’être délaissées par ce qui les entoure et la manière dont le monde évolue.

Ce projet est donc une forme d’exutoire : le rappeur se libère du poids de la vie et de ce qu’il a vu. William par sa réflexion et sa manière d’observer le monde, a montré le mauvais de l’humain. On sent qu’il souhaiterait s’en éloigner mais il semble bloqué, comme attaché à ce qu’il critique lui-même. La prise de distance semble être la seule solution et c’est sur cette note qu’il clôt son album : le doute et le sentiment d’abandon.

 

@matthbis

 

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