Everything sucks

Le charme des nouvelles séries Netflix, c’est qu’elles parviennent quasiment toujours à innover, même quand à la lecture du résumé vous avez juste envie de soupirer et de regarder, à la place, votre épisode préféré de Friends (pour la soixante-douzième fois).

Le premier épisode de Everything sucks peut également faire grincer des dents de certains à cause de son choix de protagonistes pas très originaux : nous suivons ainsi un trio de jeunes « freshmen » totalement loosers qui n’est pas sans rappeler celui de la série Netflix Stranger Things. Mais Everything sucks dépasse rapidement nos attentes à travers un humour sarcastique déroutant. Le scénario repose lui aussi sur des poncifs des séries américaines vus et revus, mais ceux-ci deviennent authentiques car les différents personnages, tantôt espiègles, tantôt amers, prennent le parti de se moquer d’eux-mêmes. Ce choix de ton évoque les moments un peu mystiques où, dans la vraie vie, on est tenté de jeter un coup d’oeil derrière son épaule pour chercher la caméra du regard tant l’instant semble absurde.

Cette série, c’est aussi une plongée dans l’univers et la société des années 90 aux Etats-Unis. Ce sont des gamins issus de familles monoparentales ou recomposées qui arpentent les couloirs d’un lycée paumé, avec les technologies, les idoles et les rêves de leur génération. Mais domine, malgré cet univers associé à une époque bien prévise, un touchant désir de vivre, d’expérimenter, d’aimer, de faire l’impossible qui finalement est intemporel. C’est ce paradoxe entre un décor assumé et des personnages intemporels, plein d’une jeunesse fougueuse, qui confère sa dynamique au scénario.

L’enjeu principal de la série est l’amour adolescent et tous les questionnements qu’il déclenche : qui aimer ? pourquoi ? et comment ? Une thématique pas inédite, mais la surprise réside dans le traitement pathétique – et presque cruel – des premiers amours, où la mise en scène met en avant les coeurs brisés et les limites de toute passion et fantasme. Le regard d’autrui prend également une dimension primordiale, et on se rapproche en cela du teen movie et de son engouement pour les gossips, les rumeurs, l’opinion des copains… Everything sucks pose la question de la hiérarchie entre amitié, amour et famille, en se demandant qui écouter quand, puis en affirmant qu’elle dépend de chaque individu, de chaque histoire. L’amour est l’affaire de deux personnes mais il ne peut exister sans se confronter au reste du monde, et encore moins quand on passe la majorité de nos journées parmi des lycéens prépubères. Si à Boring, ville où jamais rien de beau n’advient, le mythe de l’amour éternel n’existe pas, chaque personnage au cours de cette série parvient à grandir, faire les bons choix et confirmer sa personnalité.

Je recommande donc vivement la série Everything sucks pour son humour noir et décalé, son décor rétro nostalgique et sa vision affirmée de l’amour adolescent.

@LesYeuxBruns

LEMOES

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