Loving Vincent, le 3e art au cinéma

          C’était il y a 3 ans, je m’en rappelle encore. Il faisait froid, nous étions en hiver, et comme tout lycéen qui se respecte en plein mois de décembre, je perdais ma soirée à faire défiler les statuts Facebook jusqu’à m’endormir sur mon téléphone. Une soirée banale ? Oui, tout à fait. Sauf que ce soir-là, j’ai découvert un projet unique : Loving Vincent, long métrage d’animation entièrement réalisé à la peinture à l’huile. Le petit making-of attira mon regard sur l’écran, et je me rappelle m’être dit deux choses à cet instant précis : « C’est magnifique et innovant », mais aussi « Ce projet va tomber à l’eau et n’arrivera jamais jusqu’au cinéma ». Mais non, après 3 ans d’attente, il est là, dans les salles obscures d’Europe et d’Amérique, prêt à vous balancer de la splendeur à coup de pelleteuse.

giphy (7).gif

          Un petit retour sur le sujet traité s’impose. Loving Vincent, comme son titre anglophone ne le laisse pas sous-entendre, est une fiction relatant la vie de Van Gogh. Non, moi non plus je ne sais pas ce qui leur a pris, à ces cowboys hollywoodiens, de mettre des sous dans ce film n’étant ni un blockbuster ni un film prônant les valeurs de leur cher pays de la liberté *tousse*. Ce long-métrage, donc, prend place 1 an après le suicide du peintre. Armand, fils d’un de ses amis, se voit forcé de remettre une des lettres de l’artiste (tout juste retrouvée dans le bazar qu’il a laissé derrière lui) à son frère tant aimé. Le problème, c’est qu’il n’en a manifestement pas grand-chose à cirer. Le jeune homme entame donc un long voyage initiatique, enquêtant sur la vie de ce peintre fou qu’il n’a jamais réellement côtoyé. Un air de polar traverse et rythme le récit, lui donne un air de conte et de voyage philosophique au milieu des paysages colorés et ensoleillés du Sud de la France.

giphy (10)

          Comme je l’ai déjà dit un bien trop grand nombre de fois, Loving Vincent est une perle graphique. J’ignore si vous réalisez ce que cela représente, mais un film d’animation, c’est 12 images par seconde (ou 24, pour les films plus conventionnels, mais les logiciels d’animation mâchent un peu le travail). Ce long métrage dure 1h30, et j’ai arrêté de progresser en maths depuis 2007, je vous laisse donc faire le calcul. C’est ici 6 années de travail de tout un studio qui défilent sous nos yeux. Une image, c’est une peinture. Laissez-moi simplifier mon discours afin de ne pas partir dans une envolée lyrique sur le style et les couleurs, les compositions de cadre et les jeux de lumière. Tout simplement : ça déchire sa mère, mes yeux pleurent des paillettes devant une telle beauté.

giphy (8).gif

          Autre petit point sympathique : le chatouillement de votre instinct artistique. On connait tous un ou deux tableaux un peu connus, quelques noms d’artistes impressionnistes, les têtes de certains modèles. En entrant dans la salle de cinéma, je me suis dit « je ne m’y connais pas en art ». En sortant de la salle, j’ai eu la fierté d’avoir repéré Toulouse-Lautrec dans la foule de personnages secondaires, l’apparition peu discrète de la cathédrale de Rouen (peinte des dizaines de fois par Van Gogh), celle presque silencieuse de la terrasse où il décide d’offrir son oreille à son amante, les peintures ayant inspiré divers choix graphiques, … Quel bonheur de voir sa mémoire et sa culture, aussi maigres soient-elles, titillées sans ménagement. Ces multiples clins d’œil sont fait avec la discrétion la plus appréciable qui soit : les références sont là, nombreux, camouflées en évidence, à vous de choisir de les voir ou non. Personne ne pourra toutes les trouver, et c’est là tout l’intérêt de la chose.

giphy (9).gif

           Si j’ai personnellement trouvé le scénario entraînant mais au final trop léger, je ne peux que m’émerveiller devant cette peinture, ces tonnes de couleurs et ces milliers d’heures de travail qui s’animent sous mes yeux. Vous n’y connaissez rien à l’art ? Courrez le découvrir, il est là, dans votre cinéma, à quelques kilomètres de votre canapé. Vous êtes un passionné ? Précipitez-vous dans les salles obscures, dans cette mer de peinture à l’huile, acceptez de mettre votre connaissance à l’épreuve. Loving Vincent est un challenge, tant pour les personnes qui le réalisent que pour ses spectateurs, et c’est sans aucune hésitation, même si la concurrence est rude, le plus beau film que j’ai pu voir cette année.

@louizham

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s