Interview The Inspector Cluzo

Au Fil du son, après le concert de the Inspector Cluzo, le chanteur et guitariste du groupe Laurent Lacrouts a répondu à nos questions :

Bonjour The inspector Cluzo ! Comment allez-vous ?

Bonjour, ça va, super !

Bravo pour votre concert, vous venez de passer sur la petite scène il y a à peine une demie heure. Comment ça s’est passé ?

Ça s’est très bien passé. On a fait comme d’hab’, on a démarré doucement et on a fini très fort !

Pour commencer, est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qui s’est passé au Japon en 2010 ?

Et bien on a été invité à jouer à un festival qui est assez prestigieux : le Fuji Rock Festival.

On avait seulement 4 titre s à l’époque. Deux d’entre elles sont des chansons phares pour nous parce qu’elles ont fait notre succès : « Fuck the bass player » et « Two days ». On a signé tout de suite au Japon -dans un tout petit label- et il  a présenté ça au promoteur du Fuji Rock qui a craqué grave et on s’est retrouvé au festival tout de suite.

Après ça a été quelque chose d’exponentiel, c’est à dire qu’on a eu des propositions pour jouer en Corée, en Australie … Puis aux Eurockéennes et au Rock dans tous ces états, ca a fait une espèce de ricochet. On est pas passé par le circuit classique Français, on dira qu’on est passé par l’extérieur !

Est-ce que le public étranger, notamment japonais, est différent du public français ?

Ah oui il est très différent ! C’est un public plus sélectif, plus exigeant. Quand le public japonais n’aime pas, il applaudie, c’est culturel. Il y a beaucoup de groupes français qui croient qu’ils mettent le feu parce qu’ils applaudissent, mais c’est une réponse polie, ils n’ont pas forcément apprécié.

Par contre quand ils pètent un cable et qu’ils sautent partout ça veut dire qu’ils adorent ! Mais c’est assez rare parce que le fait de sauter partout et de monter sur la scène, c’est pour eux culturellement transgresser plein de règles. C’est un public très différent du public français. Même s’il  y a DES publics français, ils sont tous très urbains parce que la majorité des français habitent en ville aujourd’hui. Nous (Laurent Lacrouts, et Mathieu Jourdain le batteur) on est des ruraux donc on a une vision un peu différente du public français, qui est cool mais un beaucoup plus compulsif, il suit plus des consommations.

Donc vous avez une préférence pour le public japonais ?

Non c’est pas ce que je dis, c’est juste très différent. Le public français est je dirais, pas plus facile, mais plus « bon enfant », c »est à dire qu’il peut sauter sur de l’électro et après il peut écouter Jack White sans comprendre qu’il a affaire à un génie. Et avant il s’est tapé un truc tout pourri électro qu’il adore parce qu’il l’a entendu dans une pub.

C’est pas forcement méchant mais je pense que c’est un manque de culture musicale, et voilà c’est comme ça ! On a d’autres trucs où on est très bon : le vin, le fromage, le cinema etc.. Mais en musique on a pas de grandes références musicales à part Gainsbourg, et le public ne fait pas toujours la différence entre ce qui est de classe A et ce qui est de classe inférieure.

Mais le public français est aussi agréable parce que tu peux arriver dans un endroit où tu es inconnu et si tu prends bien le public ça marche bien, et ça est impossible au Japon.

Justement pendant le concert vous nous avez fait part de cette presque haine pour la musique électronique et pour les bassistes, mais pourquoi ?

(rires)

Alors pour les bassistes c’est une blague, parce qu’au début on nous a dit qu’on ne pourrait pas jouer sans un basse. Mais on l’a fait !

Par contre pour la musique électronique ce n’est pas une blague. Ce que l’on appelle aujourd’hui la musique électro ça n’en est pas !  La vraie musique électro c’était de 1988 à 1992, c’est un grand mouvement qui est hyper intéressant , qui a vachement exploré le son et qui nous a vachement intéressé, nous musiciens instrumentistes, parce que ça repoussait les limties de certains sons que nous ne pouvions pas faire et donc on s’est aligné sur certaines progressions. Les musiciens électro, c’étaient des chercheurs.

Aujourd’hui ce qu’on appelle communément de l’électro c’est de la variété. tout le monde peut en faire, il suffit d’avoir un ordi et de mettre des bits. Par exemple si tu mets des bulles c’est Petit Biscuit, si tu en mets pas c’est pas Petit Biscuit etc… C’est une musique extrêmement urbaine, de gens assez riches parce qu’il faut de l’argent pour pouvoir se payer le matos.

Ma première guitare je l’ai payée à 21 ans et j’ai travaillé 2 ans pour me la payer. Un DJ, il achète son mac, ça coute hyper cher, il se branche et il fait du son sans être musicien. C’est une forme de bourgeoisie qui fait de la musique sans être passée par la case « j’apprends un instrument et l’humilité de se remettre en question ». Je peux pas appeler ça de l’électro, c’est plutôt une période qui représente la société occidentale dans laquelle on vit, une société ultra consumériste et donc une musique très consumériste. Il y a très peu de chansons, et très peu de mélodies, toujours binaire, les sons sont toujours les mêmes parce que c’est des bandes de sons que tout le monde s’échange, donc on a une impression d’entendre la même chose partout.

Mais j’ai pas de haine pour la musique électro, je trouve ça juste dommage parce que ça pique des places à de vrais musicien(ne)s.

Nous on dit souvent qu’aujourd’hui en Occident, les vrais musiciens ne sont plus sur scène mais dans la rue, en Afrique ou a Madagascar etc… Maintanat pour accéder au monde de la musique il faut un label, c’est un réseau et il faut un certain standing social.

Votre 3ème album « the 2 mousquetaires » se présente comme une BD album, qu’est ce que c’est ?

Chaque chanson avait une BD faite par notre dessinateur taïwanais.

En faisant des recherches sur vous, on a plusieurs fois vu le concept de « rockeur farmer », qu’est ce que vous appelez rockeur farmer ?

C’est les autres qui nous appellent comme ça parce qu’on est agricuteurs professionnels et à côté on fait du rock !

Et comment arrivez-vous à allier le fait d’être agriculteurs, et d’avoir autant de date ? Est ce que vous écrivez un nouvel album en plus de tout ça ?

On fait presque 100 dates par an, mais on les fait de Février à fin Août. Parfois ça peut être jusqu’en septembre, mais cette année on enregistre. De Octobre à fin Janvier on tourne jamais parce qu’on gave les oies tout simplement. C’est une période où on est très loin du milieu de la musique, milieu qui est assez hors sol. On est avec des agriculteurs, nos voisins… On travaille avec des gens normaux, qui se lèvent le matin, dans le froid, on met les bonnets et puis on gave. Et on écrit des chansons très souvent.

Comment fabriquez-vous une musique ?

On a une approche très organique, comme ce qu’on fait à la ferme ! J’aime pas le terme bio, parce que notre ferme est plus que bio, mais notre musique est bio ! On essaie d’avoir des compostions assez pures, qui puissent se jouer à la guitare acoustique et sur lesquelles on peut chanter dessus et puis on choisit de mettre une orchestration ou pas.

Alors la on est plutôt à en mettre le moins possible ! Mais la chanson en elle même doit être la plus forte possible, même si je la joue à la guitare acoustique il faut que ça envoie ! C’est ça notre approche, en américain on appelle ça « less is more ».

Et quelle est votre approche de création  pour les lives ? 

Là c’est différent, on a une approche américaine. Il n’y a pas de set liste, on s’arrête, on repart… Et en fonction du public on construit le concert. Chaque concert est très différent, on ne joue pas toujours la même chose.

Justement on nous a dit que vous faisiez souvent de l’improvisation ?

Oui on fait beaucoup d’impro’, ce soir il y en avait pas mal. C’est quand on joue dans les clubs où l’on fait énormément d’impro parce qu’on prend plus de temps. Je pense que les concerts de The Inspector Cluzo sont mieux en club parce qu’en festivals on doit réduire et le public y perd parce qu’il n’y a pas forcement tous les passages qui partent dans tous les sens.

Pourquoi vous avez décidé de rester indépendant alors que vous connaissez un certain succès ? Vous dites dans les concerts que vous n’aimez pas la société dans laquelle on vit, mais est-ce que ça ne vous tente parfois ? Est ce que ça ne serait pas plus simple ?

On serait beaucoup plus connu ! Ça cartonnerait sûrement parce qu’on sait quand un groupe va marcher ou pas, on le voit au public. Vu qu’il va y avoir l’album des 10 ans on fait plein de festivals !!

Mais c’est un choix politique, de conviction, parce que les quatre premières années on a eu la chance de beaucoup voyager dans le monde et c’était le moment où la mondialisation économique était en train de se mettre en place et on a vu le monde s’uniformiser . Donc quand on est rentré chez nous dans les Landes on a décidé de créer de l’économie locale… On s’est dit « Il faut que ce soit notre label, ça aura le niveau que ça aura mais ça sera notre argent qu’on investie avec la création de richesse que nous faisons ». On ne veut pas de l’argent de majors mondialisés parce qu’on sait qu’aujourd’hui les majors c’est de l’argent sale, c’est de l’argent que le petit retraité américain investit pour « enculer » le petit philippin pour avoir un rendement à deux chiffres.

Les pays riches prennent les richesses des pays pauvres pour pouvoir assumer leur niveau de vie. Maintenant on le sait que ça fonctionne comme ça, ça n’a rien à voir ni avec le capitalisme ni avec le communisme. Les pays riches ont arrêté depuis très longtemps de produire des richesses, ils vendent les richesses des autres. Donc on a dit que l’on ne voulait pas participer à ça et il faut que votre génération arrive à trouver une alternative pour pas que ça soit toujours la croissance de la mondialisation, et s’il y a des jeunes qui ne veulent pas participer à ça il faut qu’il y ait des modèles déjà mis en place pour qu’ils puissent le faire.

Donc nous modestement, c’est ce qu’on essaie de faire sur un groupe de musique et dans notre ferme. Tout ça est autonome, 99% de l’argent de nos comptes vient de ce que l’on créé.

On a joué pour live Nation qui est un fond de pension au Main Square , on a pris le cachet, on a payé notre staff et le reste a été reversé à une association locale « les palmipèdes à foie gras », pour être en accord avec nos principes : pas de fond de pension, pas d’argent mondialisé, pas d’Orange, pas de Free, Bouygues… et si on doit en toucher on le reverse. Donc on reste indépendant, parce que  l’argent investit par les majors pour payer nos CD , c’est de l’argent pris sur les philippins, les africains et ça on en veut pas.

Vous avez un discours très engagé, est-ce que pour vous la musique peut être un objet politique ?

Oui, dans nos textes on fait un peu malgré nous de la politique. Je t’avoue que je n’aime pas trop le mot « engagé » parce qu’il a été galvaudé par beaucoup d’artistes.

Est ce que vous avez un autre mot alors à nous proposer alors?

On a des convictions fortes qu’on exprime. Parce qu’il y a plein d’artistes qui se sont engagés pour la légalisation de la marijuana par exemple, pendant longtemps on s’est tapé des «  à bas le FN » et ils disaient être engagés ! Ou encore c’est bien de dire  « fuck monsanto » mais pour les fucker, la meilleure chose c’est de semer des graines et de s’y coller. Nous on dit toujours « l’écologie c’est bien, mais le vrai écolo c’est celui qui plante des patates ! ». Il fait pas chier les autres, il s’y met et ça c’est être militant, mais souvent il parle pas ou il parle qu’après. On fait partie de cette génération qui a des convictions mais qui fait aussi. On met en place, on voit si ça marche ou pas, d’ailleurs on peut le dire qu’il y a des choses qui ne marchent pas, on est pas dans le monde des bisounours. Nous c’est ce qu’on a mis en place en travaillant, 70 voire 80 heures par semaine et je suis capable de te répondre pourquoi on a fait ça.

Merci de nous avoir répondu !

De rien et merci à vous !

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