(Laureline et) Valerian

          Il y a des jours où, malgré nous, le destin s’acharne. On a beau ne pas être superstitieux, l’oiseau en décomposition que votre chat vous a déposé sur le perron ce matin avait peut être une signification. Et celui qui s’est jeté sur votre parebrise. Et celui qui s’est soulagé sur vous en plein vol. Et celui qui vous a subtilement piqué un bout de votre sandwich jambon-beurre-cornichons que vous aimez tant manger pour votre pause midi. Mais le comble de la mauvaise augure reste le titre du film que vous avez prévu de voir après le boulot.

 

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          Que les mauvaises langues cessent de siffler dès cette ligne : oui, le féminisme m’anime, mais que nous parlions ici de Laureline ou d’un potentiel équivalent masculin, ma moue boudeuse face au nom du film reste la même. Valerian. Juste Valerian. Le seul, l’unique, le beau, le semi-viril. Monsieur Besson, je n’ai rien contre vous, mais quand on adapte l’épopée d’un duo (« Valerian et Laureline« , la BD de Christin et Mézières, pour les endormis du fond), on laisse leur patronyme respectif à leur juste place. Et on conserve aussi les choix de teintes capillaires de l’auteur, d’ailleurs. La vue de cette Laureline catapultée au second plan (et blonde, qui plus est) a le don de me faire hérisser les poils des avants bras. Fort heureusement, mon optimisme est plutôt coriace, je vais donc avec le sourire voir l’avant première du potentiel massacre de la bande dessinée que j’aime tant. Et devinez quoi ? Il y a du très bon. Et du très mauvais. Et vu que c’est en 3D, ça brille comme la garde-robe de Dalida. Bref, un Besson, mais avec beaucoup beaucoup de sous.

 

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          Valerian (et Laureline) me fait penser à un gros cupcake pleins de chantilly pailletée. C’est incontestablement joli, on a mis du cœur à l’ouvrage et ça coûte une blinde. Mais est ce que c’est bon, au moins ? Laissez moi vous dire que le glaçage vaut le détour. Les 40 première minutes du film sont un vrai régal : le rythme est bon, les personnages sont présentés avec justesse, l’univers est habilement introduit, bref, le spectateur embarque avec succès dans le monde de nos deux agents spéciaux. J’avoue que c’était ma principale crainte. Se contenter de 2h15 pour décrire un environnement aussi riche que celui de la bande dessinée me semblait complexe sans l’amoindrir ou perdre la moitié de la salle en route. « Cool, avec un peu de chance les 1h30 qu’il reste seront dans ce ton là et je vais passer un bon moment » me suis-je dit, innocemment. J’ai donc terminé le glaçage et attaqué le gâteau, le vrai. Et, bien entendu, comme dans tout cupcake qui brille, une grosse éponge insipide, farineuse et blanchâtre nous attend sous les tonnes de décorations tape à l’œil.

 

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          Pour ne pas me mettre à pleurer devant mon ordinateur, je vais faire court (et avec spoils). Le scénario : prévisible. Il y a les méchants et les gentils, et un traître parmi les gentils. Mais qui cela peut il bien être ? Eh bien celui qui a une sale tête et qui ne peut pas saquer les protagonistes. Suspens de fou, je vous jure. J’en ai eu des sueurs froides (vous saisissez le sarcasme ?). Les dialogues : niais comme c’est pas permis. Je continue d’être persuadée que la tirade de Laureline sur l’importance de l’amour dans le monde est un clin d’œil subtil à « Barbie à Fairytopia« . Bien entendu, c’est LA réplique du film, et elle dure 2 minutes 30, sinon c’est pas drôle. Les personnages : inutiles et/ou maladroits. Oublions Laureline et Valerian quelques instants et rappelons nous de la définition du mauvais personnage secondaire. Un intervenant mal construit arrive au moment où on a besoin de lui, réalise l’action pour laquelle il a été conçu, puis repart/meurt/se sacrifie pour le héros quand son objectif est atteint. Ai-je besoin de vous préciser que c’est le cas pour la totalité des rôles en arrière plan ? Et pour revenir à nos protagonistes, Valerian est E-NER-VANT. Un gros lourd prétentieux, sans aucune évolution du début à la fin du film, ayant pour seul objectif de harceler Laureline jour et nuit. Bien entendu, il finira par avoir son bisou magique. La logique du cinéma.

 

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          Je ne cracherai pas dans la soupe, il y a aussi eu quelques bonnes surprises. L’apparition d’un Alain Chabat pirate-steampunk m’a fait sourire … mais il disparaîtra bien entendu après 10 minutes. Contrairement à Rihanna, qui survivra un peu plus longtemps et dont le seul but est de réveiller l’instinct primitif des endormis de la salle. C’est sûr que Riri habillée en écolière, on ne voit pas ça tous les jours, le pédophile du fond vous le confirmera. Son apparition relève uniquement du pic sexy et gênant, me rappelant la Harley Quinn que j’ai tant haït dans Suicide Squad. Mais j’ai promis de rester positive dans ce paragraphe, donc gardons le sourire. Le caractère bien trempé de Laureline n’a pas été pour me déplaire, assez fidèle à la BD. Je pourrais même affirmer qu’elle sauve le film, donne une petite touche effrontée comme on aime et permet de contrôler le public qui s’apprête à lapider Valerian, puis le brûler, puis le jeter dans l’espace. Mais le principal atout du film reste son image et ses effets spéciaux, qui servent (pour une fois) assez bien le récit. Oui, ça brille de partout, c’est très bleu et ça bouge beaucoup, mais c’est de la sciences fiction, donc ça marche à merveille. Cet argument n’est cependant pas valable pour Rihanna, qui elle aussi scintille comme une licorne, se trémousse dès qu’elle peut sur une barre de poledance et devient bleue par moment (si si je vous jure).

 

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          Bref, comme pour tout film de Luc Besson, me voilà paumée : faut il aller le voir ou pas ? Sincèrement, pour les 40 premières minutes du film, les images à couper le souffle et le respect (approximatif) de l’univers original, foncez. Plus j’y pense, plus je me dis que cette première séquence aurait été le pilote d’une série admirable, une histoire courte et rythmée qui s’insert avec justesse dans l’univers. Alors, au lieu d’écrire une trilogie (true story, le scenario de Valerian 2 est déjà imprimé), pourquoi ne pas assumer le fait de vouloir prendre son temps ? Quoi qu’il en soit, ce film mérite votre attention, ne serait-ce que pour pouvoir réaliser à quel point la bande dessinée est fantastique et comme la rousseur sied bien mieux à notre Laureline tant aimée.

 

@louizham

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