Get Out, Marvel et censure du 7e art

Aujourd’hui, nous allons encore nous intéresser à un pur produit américain qui a traversé l’atlantique jusque chez nous pour « effrayer » les jeunes français et françaises qui oseront s’aventurer dans la salle obscure de cinéma. Sortez vos porte monnaie et cachez vos bambins, Get Out est LE nouveau phénomène horrifique à ne surtout pas rater.

C’est en tout cas ce qui est dit. Comme le fantastique show éponyme de TF1, réalisons une critique objective au nom de la vérité.

Rated R et films Marvel

Ce qu’il faut savoir, c’est que Get Out un film d’horreur/thriller « Rated R », c’est-à-dire interdit aux moins de 17 ans. Cette classification, qui existe aux États-Unis depuis que la Motion Picture Association of America l’a mis en place, a pour but de protéger les mineurs d’images choquantes. Les producteurs américains possèdent cette (juste) tendance à fuir cette classification puisqu’elle exclue par nature une part potentielle d’audience en salle (c’est d’ailleurs le principal reproche adressé aux films Marvel où toute la violence est cachée ou très peu montrée). Ainsi, pour ne pas être Rated R, certains films grand publics se voient censurés et deviennent ainsi des véritables contes tout droits issus du pays des Teletubbies en desservant la plupart du temps le propos à l’encontre du réalisateur.

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Représentation non exhaustive des films d’action américains ne disposant pas du label Rated R. Crédit photo: gtwallpaper.com

Le raisonnement inverse ne fonctionne pas non plus puisque la dite mention ne suffit pas à réaliser un film mature et profond. Ainsi, des producteurs tombent dans le vide tel des hirondelles estropiées en produisant des films violents voulant attirer un public mature mais dont le propos peut souvent se résumer au simple visuel des plans qu’il possède.

La 20th Century Fox, la boite de production possédant quelques licences Marvel tels les X-men ou les 4 fantastiques, a décidé l’an dernier de sauter le pas en réalisant Deadpool, un film de super héros Rated R basé sur l’ultra violence, le sexe et les blagues scatos dans un délire totalement subversif et assumé. Tentative de conquérir les fans déçus par le manque de violence des films Marvel produits par Disney ? Label obligatoire compte tenu du héros Deadpool ? Ou bien pur produit de Buzz médiatique ? Si Deadpool a fonctionné, il manque malheureusement cruellement de fond et ne raconte, au final, rien du tout. C’est avec Logan, le dernier film Wolverine, que la 20th Century Fox arrivera à combiner violence et propos avec justesse en proposant un film qui, malgré quelques scènes très stylisées inhérentes au genre, arrive à rester sobre et humble (si on exclut les références du fan-service qui agissent comme une tumeur elle-même fatiguée et essoufflée).

Get Out est donc l’un de ces fameux films dont le Rated R n’est qu’une conséquence de post-production et non une fin en soit (cela n’a pas empêché au film d’être traité comme le plus terrifiant de l’année selon les américains, le Rated R ayant davantage généré de la hype qu’autre chose). Le film s’est aussi fait acclamé par la critique et le public pour l’ingéniosité de son scénario et son humour. Voyons ce qu’il en est.

Un thriller efficace et claustrophobe

Le film conte l’histoire de Chris, un afro-américain dont la petite amie, Rose, est blanche. Chris appréhende la rencontre avec sa belle-famille entièrement constituée de blancs et disposant de deux servants noirs. Lors d’un week-end dans le domaine familial, les remarques plus au moins xénophobes s’alternent avec des faits inquiétants qui font penser à notre protagoniste qu’il n’est pas le bienvenu.

Le film se construit  comme un semi-Huis clos dans lequel nous suivons le personnage de Chris ainsi que son meilleur ami dans une ville non loin du domaine. Si l’horreur du film est manifeste sur la promotion du film, force est de constater que, comme le film Grave sorti plus tôt dans l’année, la bande annonce est plus terrifiante que le film lui-même qui au final se veut davantage être un thriller haletant qu’un film horrifique. Attendez-vous donc à quelques sursauts et quelques effets visuels, sans pour autant revivre vos frayeurs d’ados dans les salles de cinéma bruyantes de Conjuring ou Annabelle.

C’est davantage la claustrophobie que l’on retiendra du film avec ses plans très serrés (d’ailleurs présentés sur l’affiche du film façon La Haine), ces dialogues gênés et gênants qui tendent l’atmosphère et ces personnages plein ambiguïtés dont on ne peut discerner les vrais intentions. S’il y a une qualité qu’on ne peut ignorer à Get out, c’est celle de faire coexister de façon magistrale tous les éléments scénaristiques qu’il a sa disposition et d’exploiter à fond leur potentiel. La trame difficilement prévisible est, une fois résolue et appréciée à sa juste valeur, une récompense purement satisfaisante d’une intelligence d’écriture rare et simple. Certaines scènes jouissent également d’une esthétique sonore et visuelle remarquable qui se combinent parfaitement bien au délire auquel le film aspire (délire qui fonctionne, comme dit et répété, du tonnerre de dieu). On peut également saluer l’intelligence du sous texte qui percute le spectateur de façon claire sans ambiguïté, et sans que celui-ci apparaisse comme un fond pédant qui absorberait la forme du film. Cette satyre de la société moderne sur fond de racisme ordinaire, à laquelle on accrochera toutes sortes de métaphores lorsque nous jouirons du recul nécessaire, est un pur délice !

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Crédit photo: flavourmag.co.uk

Si le film devait être le synonyme d’un mot, nul doute que ce mot serait « justesse ». Dans le jeu de ses acteurs, dans son script, dans son propos et dans son ambiance, le film ne semble jamais sonner faux et ne plonge jamais dans l’exagération qui pourtant est une marque de fabrique des américains et du genre horreur. Il est également très juste dans la manière dont il entretient le suspense et la peur, ce qui n’aurait pas dû être sanctionné par ce fameux Rated R auquel nous allons revenir.

Si nous devions trouver un défaut à ce Get out, ce serait peut être sa façon de se hâter dès lors que la conclusion approche. Il mérite malgré ça une très bonne note ainsi que votre argent si vous voulez aller le voir en salle.

Liberté d’expression et cinéma américain

Si cette culture du Rated R est répandue dans ce pays au-delà de l’Atlantique (ou du Pacifique si vous lisez cet article en Asie) il est moins fréquent chez nous si ce n’est totalement absent. Nous connaissons bien l’interdiction « moins de 18 ans « mais après une rapide comparaison, force est de constater que les français salissent moins leur frocs que leurs homologues américains puisqu’un Rated R aux Etats-Unis équivaut souvent à une faible interdiction « moins de 12 ans ». Ainsi, Brandon, un jeune américain de 17 ans à bord de son propre véhicule motorisé terrestre dispose d’un gros désavantage par rapport à Théo, 13 ans collectionneur de cartes Pokémon qui lui pourra aller voir Get Out contrairement à son collègue.

Ce laxisme de la part du ministre de la culture a souvent été pointé du doigt par des associations dans le cadre de plusieurs scandales, entre Sausage Party et ses scènes « pornographiques » ayant traumatisé des familles catholiques pour plusieurs générations ou encore Antichrist, lui aussi disposant de scènes de sexe explicites.

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Le tentative de La Manif Pour Tous de créer un fascisme cinématographique façon Staline pour une saucisse copulant avec un pain de hot-dog. Surréaliste.

Dans un pays où la violence à l’extrême et où le sexe est accessible au cinéma à partir de l’âge de 12 ans, ces associations (comme ce déchet fécal qu’est Promouvoir) obtiennent parfois gain de cause en annulant le visa d’exploitation des films visés. Leur objectif est la lutte pour la perduration des bonnes mœurs, mais force est de constater qu’à l’image de leur combat contre la communauté LGBT+, leur lutte contre le cinéma est d’un autre âge. Peut-être veulent-ils que nous adoptions le système américain dans lequel tout mineur ne pourra  voir ni goutte de sang ni téton féminin à l’écran tandis que GTA l’attend chez lui, jeu dans lequel il tuera des flics et se spécialisera dans le proxénétisme. Cette hypocrisie à le mérite de ne pas être (trop) présente en France,  cédant depuis peu sa place d’éternel pays de la bienséance théâtrale à celui du pays de toutes les libertés filmiques. Il est alors important d’ignorer et d’opprimer ce genre d’associations voulant censurer du contenu afin d’avoir, dans le futur, libre disposition de nos yeux.

Cette problématique de censure fait du bruit chez nous puisqu’il s’agit d’un droit que l’on souhaite nous retirer, mais qu’en est-il des américains ? Malgré le fait que Get Out ait fait un carton aux Etats-Unis en demeurant le deuxième plus gros succès d’un film Rated R derrière L’exorciste, de nombreuses questions se posent. Combien de spectateurs ne pourront se rendre en salle pour voir Get Out à cause du label qui lui colle à la peau ? Combien de spectateurs seront privés de la justesse de celui-ci ? De la justesse de son message ? (sous prétexte de quelques sursauts et scènes graphiques)

Quelle ironie pour le premier pays consommateur d’ultra violence au monde.

Heureusement alors que Get Out comporte peu de scènes de nudités, auquel cas la deuxième autorité cinématographique de l’État après le CNC, l’association Promouvoir, aurait pu vous empêcher de voir cette pure douceur de milieu d’année.

@domorar

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