Patients, par Grand Corps Malade

      C’est impatiemment que j’ai attendu Patients. Déçue par Intouchables, bouleversée par les textes de Grand Corps Malade, je priais pour que le slameur montre ce que peu de personnes ont osé montrer sur les toiles. Il faut croire que j’ai été entendue.

        Petite intro tout d’abord, histoire de vous situer le contexte. 1997 :  un jeune parisien saute dans une piscine. Sportif, il s’imagine bien devenir prof d’EPS et continuer de jouer dans son équipe de basket à Saint Denis. D’ailleurs, son niveau est plus qu’enviable, il est rapidement repéré par plusieurs équipes et écoles spécialisées dans le domaine. Jamais il n’a songé se lancer dans la chanson ni même écrire un livre. Et pourtant, c’est ce qu’il fera. 1997 : la piscine dans laquelle Fabien Marsaud plonge n’a pas assez d’eau. La sentence : il est paralysé. Le voilà devenu handicapé.

       Patients, c’est le témoignage d’un homme plein de rêves et d’espoirs qui tombe là où il ne pensait jamais tomber. C’est une immersion inattendue dans des couloirs aux couleurs fades arpentés par des fauteuils roulants et des mecs paumés. C’est un regard sur le quotidien de ceux qu’on ne sait pas comment regarder dans la rue, de ceux qu’on voudrait aider sans vexer, de ceux avec qui on ne sait pas trop comment se comporter. En sortant de la salle, je me suis fait une réflexion : avec Patients, on comprend et on apprend. Et surtout, on lève un tabou absurde, avec humour et poésie.

      Donc, pour être plus concrète, Patients est une adaptation du livre de Grand Corps Malade (que je vous conseille de dévorer dès que possible), réalisé par le slameur aux multiples talents. Tout commence avec l’arrivée de Fabien dans un centre de rééducation. Immobilisé, il reste des jours à reluquer sans fin le faux plafond de l’hôpital, le néon grésillant au-dessus de sa tête, à écouter de loin les aides-soignants discuter des patients. Et puis, petit à petit, on le redresse, on l’aide à prendre part à ce nouveau monde qui l’entoure. Le fauteuil, perçu comme une prison du quotidien, apparaît ici comme la clé vers l’indépendance. Une délivrance. Equipé de son bolide motorisé, Fabien rencontre les autres handicapés du centre, et chacun restitue sa vie du dehors. On blague, on vanne, on se bagarre comme on peut, on drague, on aguiche, on fait la course et on partage ses ambitions pour le futur. Mais comment se préparer à l’après ? Comment savoir ce qui nous attend, une fois dans un fauteuil ?

       Je saurai me taire sur la suite de l’histoire, même si ma passion pour ce film me titille. Tantôt hilarant, tantôt larmoyant, Patients saura changer votre vision sur le monde du handicap. Ces personnes en fauteuil que vous croisez dans la rue, que vous apercevez de loin sans savoir comment réagir, vous voilà dans leur peau, dans leur histoire. Car, oui, ils y sont tous passés, dans ces centres de rééducations. Grand Corps Malade ne nous révèle pas ici son histoire mais l’Histoire avec un grand H, celle qui rassemble, qui mêle les ressentis et les souvenirs de plusieurs milliers de personnes. J’ai découvert Patients en avant-première, en présence du fameux Fabien Marsaud (oui oui, je sais, la classe, et on a même pu causer à la fin), entourée d’un public peu habituel pour mon petit ciné poitevin. Infirmiers, paralysés, parents d’handicapés, curieux étrangers au sujet, membres du fanclub de Grand Corps Malade, tous s’étaient donné rendez-vous ce soir là. La petite demi-heure de débat prévue en fin de séance s’est transformée en réelle conférence participative, chacun y allant de son récit, de son expérience, de son ressentit. Et voilà où je veux en venir : Patients lève les tabous, délie les langues et ouvre les esprits. Si vous êtes dans un fauteuil, allez vois Patients. Si vous connaissez quelqu’un dans cette situation, allez voir Patients. Si vous n’en avez à priori pas grand-chose à faire du handicap, allez voir Patients. Bref, intéressez-vous, soyez curieux et arrêtez de mater Intouchables en boucle.

@louizham

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