Moonlight, Barry Jenkins

Quand j’ai débarqué dans la salle presque par hasard avec en tête la seule idée que je venais de prendre un ticket in extremis pour l’Oscar du meilleur film annuel, je ne m’attendais à rien. Autant dire que j’étais dans les meilleures dispositions pour prendre une vraie claque.

Le film s’est annoncé terrible dès les premières minutes. Le soleil violent et oppressant qui jette sa lumière agressive sur des immeubles bas, cubiques où l’on devine sans mal la misère, quelques sinistres personnages camés qui agitent nerveusement les lèvres à l’approche du patron du trafic de crack et brutalement j’ai eu peur. Le film ne vous laisse aucune chance d’échapper à son histoire qui heurte, qui se moque des censures et qui expose dans toute sa cruauté l’univers mal famé des quartiers de seconde zone dans ce beau pays que sont les Etats-Unis. Malgré moi je me laisse emporter par les chocs consécutifs de ce scénario noir où les acteurs livrent une performance comme j’en ai rarement vu. Ce n’est que plusieurs heures après que j’ai réalisé que le jeu exceptionnel m’avait totalement fait oublier l’aspect fictionnel de l’œuvre. Je me suis laissée entraîner dans la vie de Chiron sans douter un instant de sa sincérité. Bien que le dosage parfait entre parole, silence et émotion soit, de mon avis, pour beaucoup dans le succès du long-métrage, la qualité du tournage est aussi renversante. Tout est calculé, de la bande son jusqu’aux plans pour accompagner chaque relief intense de l’histoire. Le décor m’a parfois rappelée celui de Breaking Bad dans son aspect insalubre et transpirant de pauvreté bien que diablement accrocheur. Pourtant dans Moonlight pas de héros, pas de cancer ou de famille à sauver, juste une incision abrupte dans des vies qui sont à des années lumières de nos quotidiens. Habituellement, la noirceur à l’état pure a quelque chose d’insupportable à mes yeux  seulement ici la violence  est intimement liée à un message de plus grande envergure. Chiron, le personnage principal, a la personnalité socialement effacée pareillement à L’Etranger de Camus et nous livre sans pudeur son enfance, son adolescence et  sa vie d’adulte. L’évolution du « Petit » donne au film sa dynamique ainsi que de la puissance dans la réflexion qui accompagne le film. Choisir qui l’on est avant que les autres ne le décide à notre place. La récurrence des personnages secondaires qui grandissent avec lui et exploitent les chemins qui découlent de leurs choix, mettent en parallèles, opposent et croisent ces destinés.

Moonlight a été une apnée personnelle dans un inconnu effrayant, je me suis accrochée à la seule chose qui m’était familière : l’innocence poignante d’un gamin et j’ai traversé toute sa vie en oubliant la salle. Je suis ressortie sonnée, pas déçue et remplie par des émotions encore très vives. Je pense avoir trouvé un échantillon de ce genre de films qui donnent à réfléchir pour plusieurs jours  et des souvenirs aussi réels que s’ils vous appartenaient.

 

@LesYeuxBruns

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