ACRIMONIE JOYEUSE DE LA SEMAINE American Trash

American Honey et la NYFW où comment l’Amérique bipolaire s’impose à la culture occidentale. Cette semaine je suis d’humeur dissertative et vous n’allez pas y échapper. Cet article pourrait tout autant mentionner les Grammy’s et le Superbowl, le résultat aurait des allures similaires mais mon égo m’incite à les laisser de côté. Avec l’expérience de l’exercice l’idée qu’il est aujourd’hui difficile de parler culture sans perpétuellement retomber sur des figures américaines s’impose à mon écriture. Certes dû à une nette propension à l’usage d’internet mes références sont devenues quasi exclusivement anglophones, hormis ça il est pour autant clair qu’autour de nous tout tourne autour du continent outre-Atlantique. Mais quelle Amérique ? Avec plus de 300 millions habitants et des écarts sociaux aberrants peut on vraiment définir une culture américaine au sens large qui nous influencerait ?
Cette semaine donc je me suis confrontée à deux Amériques opposées. Mardi soir j’ai filé au cinéma pensant passer une heure et demie dans  un fauteuil rouge pour faire une pause entre deux choses… Ça m’a pris trois heures… Je ne m’étais pas vraiment renseignée; la semaine passée dans l’objectif de réussir à m’endormir j’avais lu en diagonal un article d’I-D (vraiment la mise en page et le corps des articles ont des propriétés hypnotiques). C’était sur Sasha Lane, j’avais vu et apprécié fish tank, je décidai donc de m’embarquer dans Américan Honey.
Américain Honey c’est alors deux heures quarante de road trip dans le Midwest au coeur de l’Amérique paumée, de ces Walmarts, ces motels crasseux et ces banlieues moribondes. Comme à son habitude, caméra à l’épaule, la britannique Andrea Arnold réalise donc son « film américain » passage trop souvent obligé dans la carrière internationale d’un réalisateur. Heureusement la catégorie morale du « white trash » est un de ces sujets de prédilection et le paysage américain lui semble alors naturel. Le white trash c’est l’échec impensable d’une population « racialement » destinée à prospérer, c’est le sud peu reluisant des Etats-Unis. On retrouve dans American Honey ses archétypes :   « le lubber » le blanc pervers et pathétique dans un père incestueux et une mère camée ainsi que le « cracker » violent et aventurier qui suscite fascination dans cette équipe de vendeur de journaux vagabond protagoniste du film. Même si on peut reprocher au film sa prédisposition à combler le vide par la musique, à filmer une défonce sexy et romancer la pauvreté, Andrea Arnold a su dépeindre une population des années 2010 qui ne fait pas la fierté du pays.
Pendant ce temps le statut social n’était pas le même entre Soho et Tribeca. Le nanti se bousculait pour avoir une bonne place à côté de la bonne personne au bon défilé cette semaine. Si encore une fois chez Alexander Wang le podium avait des allures de boite de nuit occulte et on défilait les cheveux crasseux, il ne faut pas s’y méprendre, le look trash porté par les soeurs Hadid et Jenner coûte plus d’un minimum wage !

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J.Crew enseigne phare de la petite bourgeoisie new-yorkaise (tellement Charlotte York dans Sex and the city) avait préparé une collection de «  real people » où défilaient les « old friend » de la marque. Des vrais gens donc, mais des vrais gens qui ne prennent pas le métro et qui n’ont jamais eu de sueurs froides devant une facture d’électricité. Une normalité qui inquiète donc pour son manque de réalisme.

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C’était chez Gypsy Sport que l’Amérique peu glorieuse était le plus représenté, à la limite du politiquement correct. Avant de commencer le défilé Rio Uribe le créateur de la marque à pris la parole pour présenter ses intentions et inspirations : les camps de réfugiés et toutes les personnes vivants dans la rue, pour qui la mode n’est que le cadet de leurs soucis.

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Les mannequins comme dans le film d’Andrea Arnold avaient été casté dans la rue et une part des recettes de la marque sont reversés à Bowery Mission, un foyer pour SDF new-yorkais. Mais comme toujours habiller l’élite comme des clochards, même avec les meilleures intentions du monde restera toujours une intention houleuse et controversée.
Alors oui l’Amérique c’est la confrontation d’univers aux antipodes et si nous nous referons perpétuellement à sa culture, celle-ci n’est pas représentative d’elle-même. Depuis années 70 les cultural studies cherchent à définir cette Culture américaine, si dense et si complexe qu’il serait peut-être temps d’arrêter de la voir unifiée. Enterrons une bonne fois pour toute l’idée même de la culture américaine.
Pour complaire mes prédispositions théâtrales je me devais de conclure avec grandiloquence malgré des arguments fébriles et une connaissance superficielle du sujet ! Promis la semaine prochaine j’arrête la prétention intellectuelle.

photos @Vogue

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