« Télé Gaucho », un manque d’originalité flagrant.

Comme je vous le disais dans mon article précédent -cf : le sublime film « Les Ogres » de Léa Fehner, le cinéma français n’est pas mort mais bien présent dans nos salles. Je ne peux que louer le ciel d’avoir écris cet article avant d’avoir vu « Télé Gaucho » de Michel Leclerc car je n’aurai certainement pas tenu le même discours. Rétrospective d’un film à l’humour aussi lourd qu’Eric Zemmour quand il parle des femmes. 

Et pourtant!, en me fiant uniquement à la bande annonce, j’ai eu beaucoup d’espoir quand à la virtuosité de ce film. Des gauchos-anar’ qui veulent faire sauter les lobbys télévisuels avec leur petite télé de quartier dont les représentations se finissent régulièrement en free party, révoltés contre la terre entière et prêt à emmerder les conformistes jusqu’au bout, franchement, c’est une idée qui m’a emballée. Une petite bande bien sympathique, Jean-Lou (joué par Eric Elmosnino) , Yasmina (Maïwenn), Victor (Félix Moati) et Clara (Sara Forestier) accompagnés de leurs camarades de bières et de révolution ne veulent pas seulement créer une chaîne de télé libre mais faire sauter les médias à la botte du gouvernement.Victor, le narrateur de sa propre vie et passionné de cinéma (un fou de Godard ) va nous narrer pendant quelques cinq années de bordel absolu et un gosse à élever, ce qu’a été sa vie au sein du collectif.

Pourquoi ce fut un fiasco total à la limite de l’indécence ?

Parce que Michel Leclerc a commencé à nous faire rêver durant l’incipit du film, en distribuant des « fuck » au petit bonheur la chance, des poings levés et de l’humour cynique ravageur, de quoi m’avoir dans sa poche rapidement. Mais Ô rage, Ô désespoir, comment est-ce possible de se ridiculiser par la suite à ce point ? L’esprit humoristique et caricatural bon enfant prêtait à sourire, arrivé à la moitié , le film devient d’une lourdeur incommensurable, à l’égal d’un gamin qui te répéterai cent fois que « hein ma blague est drôle, hein qu’elle est drôle ? dis-moi qu’elle est drôle ! ». Trop, c’est trop, j’aime l’humour mais quand il est bien pensé, bien ficelé, pas bancal. Et c’est le drame.

Des réactions qui se veulent humoristiques mais qui tombent dans un cliché genré de haute compétition.

On peut voir successivement Jean-Lou (leader de Télé Gaucho), voler des bouteilles et entendre Yasmina piailler que « oh non mais ça reverse des bénéfices aux grandes entreprises » sans aucuns autres arguments scénaristiques qu’être réac’, voulant faire monnaie courante que les gauchistes sont tous altermondialistes contre la société alors qu’ils portent des fringues trouvés dans des boutiques à mains-d’oeuvre chinoise. Deuxième chose qui m’a perturbée, on peut voir, toujours Jean-Lou, fumer des joints sans aucune pression dans son local bordélique. Une fois passe encore, se griller un pétard est devenue couranr, deux fois la valda a du mal a être crachée, mais plus et sans apporter aucune richesse scénaristique au film c’est vouloir faire passer la gauche pour des drogués anti-conformistes, anti-responsabilités et surtout dans une position aussi confortable que lâche, celle du non-engagement, du gamin pas encore sortit de sa place d’ado. Et pour parachever le ridicule des scènes, on nous sert des crises d’hystéries partout, pour tout et pour rien, un humour cynique qui devient lassant, des personnages prévisibles, des clichés constants et un jeu d’acteur mou.

Sara Forestier, l’actrice qui joue Clara, a un jeu aussi fluide qu’une crème anglaise avec des grumeaux, c’est forcé, agaçant, une voix horripilante et des manières de gamine surdosée à l’acétone sans tranquillisants.

Je me suis trouvée la critique facile quant à elle, et, naïvement, j’ai excusée ses maladresses répétitive par un rôle difficile. Pour valider pour hypothèse, je me suis cogné  j’ai regardé un autre film de Michel Leclerc avec Sara Forestier dans le rôle de la gourdasse sans manières,  « Le nom des gens ».J’en suis arrivée à la conclusion suivante : soit ils lui donnent des rôles impossibles de nana qui file de l’urticaire, soit elle ne sait clairement pas jouer et qu’elle force sa voix, surjoue son personnage pour créer une sympathie superficielle. C’est fou, mais je n’accroche tellement pas avec son univers que regarder un film où elle joue me donne la nausée. *

Passons à Jean-Lou aka Eric Elmosnino ; un cynisme ravageur qui lui sied si bien, un rôle taillé à sa mesure. Un je-m’en-foutisme scientifiquement étudié pour arriver à un dosage presque parfait, virant par moments à un excès de caricature, chose dont on se serait malheureusement bien passé. Maïwenn (rôle de Yasmina) en revanche, a été une agréable surprise. Après l’avoir vu jouer des rôles de femmes sans caractère mais certes, dans des films très beaux (cf : « Polisse »), je ne pensais pas qu’elle pouvait autant s’affirmer et s’affranchir, s’assumant en tant que femme libérée. Elle est éblouissante de charisme quoi qu’un peu excessive dans son personnage.

Reste le dernier larron, gardons le meilleur pour la fin si l’on s’en tient au dicton, Victor soit Félix Moati. En plus de ne pas être désagréable à regarder (avouons-le nous mesdames et messieurs), ce jeune homme d’à peine 25 ans possède non seulement un talent indéniable pour la comédie mais également une certaine fraîcheur qui nous donne tout de suite l’envie de l’accompagner dans les péripéties de sa vie.

Le point positif :

 Je tenais par ailleurs à saluer le jeu d’acteur des manifestants FN et anti-avortement, avoir tourné en dérision de cette sorte ces partis politiques en reprenant des cas déjà existants en France était à mourir de rire, rattrapant la caricature grossière et sans finesse de la gauche.

Toutefois, quand MARIANNE titre sa critique telle que « Ah ! Quel joyeux bordel ! Quel sympathique foutoir ! Michel Leclerc n’a pas raté son coup. » je ne peux que protester. Oui, le bordel est en effet existant puisqu’il s’agit de parodier la gauche dans ses clichés les moins fins,  mais le « sympathique foutoir » devient très vite lourd quand Michel Leclerc a la brillante idée (et c’est certainement un euphémisme, vous vous en serez doutés) de tourner une séquence pornographique « de droite! » sur un toit d’immeuble parce que « les réfugiés aussi regardent du porno ».

Non, vraiment, je n’ai pas réussi a capter la finesse et la subtilité de l’humour de Michel Leclerc. Suis-je passée à côté du véritable message politique -voire apolitique, du film ? N’ai-je véritablement rien compris au sens profond du sujet, ou suis-je justement ce public susceptible quand on touche à ses plus profondes convictions ?

En tout cas, ce fut une réelle overdose de lieux-communs trop souvent reprit, des écueils sans nuls arrangements scénaristiques et qui, à force, usent le peu de foi qu’il nous reste dans les films parodico-engagés.

*EDIT : On m’a fait -très justement, remarquer que Sara Forestier avait jouée dans « La tête haute » d’Emmanuelle Bercot. L’ayant vu, je ne peux effectivement qu’apprécier son jeu d’acteur qui, pour une fois, ne s’agit pas uniquement de secouer sa chevelure devant la caméra, mais d’avoir un jeu avec une véritable détresse. Mais même dans ce film, elle m’énerve, c’est physique, sa voix m’irrite, je ne peux pas, elle m’énerve.
Vous vous en douterez bien, cet article n’a rien d’objectif, alors si l’envie vous prend de gâcher deux heures de votre vie, faites-vous plaisir !

@moonfxky

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